Opportunités dans le tourisme religieux au Bénin

En matière de création de richesse et d’emplois durables, le potentiel touristique du Bénin excède significativement son potentiel agricole. L’agriculture qui réussit au 21e siècle est fortement subventionnée, mécanisée et de plus en plus robotisée. Elle nécessite de grandes superficies, beaucoup de capitaux et emploie peu de main d’œuvre. Le Bénin a une petite superficie, un grand besoin en emplois, et ne saurait rivaliser financièrement et technologiquement avec les géants agricoles de la région et du monde. La population béninoise de demain, compétente, dynamique et excellemment éduquée devra se tourner vers les industries spécialisées et le secteur des services y compris le tourisme pour une véritable émergence du pays.

Le tourisme doit d’abord viser, attirer et servir les locaux (du Bénin, de la CEDEAO, de l’Afrique) avant de pouvoir se positionner (grâce à une amélioration des statistiques, de la visibilité et des infrastructures) comme une option attrayante pour l’Occident et le reste du monde. La majorité de ceux qui visitent New York sont les Américains d’autres villes et d’autres États, auxquels se sont ajoutés au fil des années, les curieux du monde entier.

Le 1er mot qui vient à l’esprit du béninois quand on pense au tourisme est souvent le Vaudou avec ses couleurs, ses danses, mais aussi la peur (fondée ou pas) du mal et des griffes de la sorcellerie. La majorité des citoyens ouest-africains avec un pouvoir d’achat touristique sont actuellement beaucoup plus intéressés par d’autres formes de religieux que par le Vaudou. Certains de ces jeunes participent annuellement au pèlerinage céleste de Sèmè Plage (dans l’Ouémé) depuis 1947, au pèlerinage marial de DASSA (dans les Collines) depuis 1954, et à bien d’autres dont on n’a peut-être jamais entendu parler.

Selon l’OMT, le Bénin aurait accueilli environs 267,000 touristes en 2016. Ces chiffres sont clairement minorés, parce qu’un pan important de touristes (locaux et internationaux) n’est ni répertorié, ni adéquatement servi par le secteur touristique et les opérateurs économiques béninois. Par exemple, du 23 au 26 Décembre, dans le cadre de la Noël, Sèmè accueillerait annuellement entre 500,000 et 700,000 visiteurs (chrétiens célestes et sympathisants) du Bénin, du Nigeria, de la Côte d’Ivoire, du Togo et bien d’autres pays (chiffres conservateurs). La majorité d’entre eux passent la nuit du 24 au 25 sur place et sont de ce fait des ‘’touristes’’ (selon la définition officielle de l’OMT)[ Le tourisme est un phénomène social, culturel et économique qui implique le déplacement de personnes vers des pays ou des endroits situés en dehors de leur environnement habituel à des fins personnelles ou professionnelles ou pour affaires.] même s’ils ne restent pas dans des hôtels.

La première chose qu’il importe de faire est d’établir des systèmes pour un meilleur décompte et une identification de tous ces touristes. Un badge pourrait être délivré à chaque pèlerin. Un dispositif au radar installé dans la zone de pèlerinage pourrait décompter de façon approximative le nombre de personnes qui passent par un point stratégique. La photographie par drones pourrait être mise à profit pour prendre des images de toute la zone à un moment culminant des festivités : la cloche de minuit qui lance les prières par exemple. Ensuite à l’aide des technologies adéquates, on pourrait faire un décompte du nombre d’individus présents. Les postes de contrôle frontaliers (pour ceux qui viennent de l’étranger) et les postes policiers sur l’itinéraire (pour tout le monde) pourraient aussi être mis à profit pour un décompte plus fiable.

La seconde chose serait d’intéresser et de prioriser les produits locaux et les petites et moyennes entreprises béninoises pour servir les pèlerins. Actuellement, la majorité des produits commercialisés sur place viennent du Nigeria voisin et une bonne partie des commerçants eux-mêmes viennent du Nigeria soit indépendamment, soit dans le lot des pèlerins pour conduire d’excellentes affaires.

Certains de ces visiteurs peuvent aussi être canalisés vers les autres attractions touristiques du Bénin. De façon concrète, pour chaque pèlerinage, le cursus touristique peut inclure les autres lieux saints et historiques qui sont pertinents à cette religion. On peut ensuite ajouter les sites touristiques traditionnels se trouvant dans la même région. Le seul fait de disposer de ces informations pourra inciter certains pèlerins à se préparer en conséquence pour les éditions suivantes.

Ainsi, le catholique ou le simple curieux qui va au pèlerinage marial de Dassa pourra visiter le palais de Dassa, des sites touristiques sur les collines ; ou au retour, avant d’aller à Cotonou, voir les catacombes de Bohicon ou les palais royaux et musées d’Abomey.

Le céleste ou le simple curieux qui va au pèlerinage de Sèmè pourra être orienté vers les futures installations touristiques de Sèmè City, vers la paroisse mère, la terre sainte de Davié et les maisons du prophète à Porto-Novo ; avant de visiter les palais et musées de la ville, l’ancien quartier des esclaves, les bâtiments coloniaux et les bâtiments administratifs importants.

L’adepte Vaudou ou le simple curieux qui va au festival du Vaudou à Ouidah pourra aussi visiter la route des esclaves, les forts et musées, les temples et portes historiques, les installations balnéaires, les pêcheries d’Avlékété, les marais salants de Djègbadji et d’autres attractions.

Le gros avantage des pèlerinages et festivals religieux est la forte dévotion des fidèles et le caractère répétitif des événements qui se déroulent au moins une fois par an. En matière touristique le principal challenge est généralement de faire revenir ceux qui visitent : dans le tourisme religieux, ce problème n’existe pratiquement pas.

L’Arabie Saoudite repose sa stratégie touristique sur le pèlerinage musulman annuel à la Mecque qui draine une marée humaine (près de neuf millions de visiteurs pendant l’année dont deux à trois millions pendant les jours du Hadj) et est la deuxième source de revenus du royaume après le pétrole. Les agences de voyages, les sociétés hôtelières et plein d’autres acteurs de taille diverse organisent leurs activités autour de cette manne que Dieu leur a donné(e)s. Certains pèlerins profitent aussi du voyage pour conduire des affaires purement commerciales pendant leur séjour sur place et à leur retour dans leur pays d’origine. Les recettes annuelles pendant le Hadj s’élèvent à environ vingt milliards de riyals soit cinq milliards d’euros approximativement. Sur toute une année, elles montent jusqu’à seize milliards d’euros.

Le pèlerinage catholique de la grotte de Notre Dame de Lourdes attire plus de 5 millions de visiteurs chaque année, sachant que la ville a une population permanente de 15000 habitants. Le succès de ce site n’est pas le fait du hasard, mais est dû à l’excellente organisation et les moyens déployés depuis des années par les autorités locales, les autorités religieuses, le secteur privé et le gouvernement français.

Sans vouloir être trop prétentieux, notre Mecque béninoise est le site de Sèmè qui a été révélé et est en usage depuis 1947. Notre équivalent de Lourdes est le site de Dassa Arigbo qui a été choisi depuis 1954 par les missionnaires catholiques, dans une grotte qui était déjà vénérée et déifiée par les autochtones, afin d’offrir aux pèlerins africains qui ne peuvent pas se rendre en Europe (Vatican, France, Portugal), une option plus proche d’eux. Le Bénin étant le berceau du Vaudou, l’importance des festivals de Ouidah et de Porto-Novo n’est plus à démontrer.

Il est temps de dynamiser le sous-secteur du tourisme religieux en déployant des outils innovants et en injectant des ressources, afin de créer des emplois saisonniers et durables, et de contribuer au rayonnement économique et socio-culturel du Bénin. Si vous voulez en savoir plus ou nous accompagner sur des projets existant dans ce secteur, contactez-nous !

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