Réflexions sur la vente illicite des produits pétroliers

Points sur les pistes de sortie

La vente illicite des produits pétroliers (communément appelée Kpayo) est facilitée par la proximité des frontières nigérianes le long du corridor Est du Bénin. Les relations commerciales des ethnies Yoruba et Nago vivant dans deux pays différents juridiquement mais partageant la même culture ont servi de base au fleurissement de ce commerce. (SOSSOU-AGBO 2011)

Du côté nigérian, les subventions accordées par le gouvernement aux revendeurs permettent la vente des produits pétroliers aux stations frontalières à un prix compétitif moins cher que le prix de vente sur le territoire béninois. Cela permet aux acteurs intervenant dans la vente illicite, de couvrir toutes leurs dépenses et de faire des bénéfices énormes une fois qu’ils entrent au Bénin.

Du côté béninois, les autorités douanières n'arrivent pas à mettre la main sur les contrebandiers car ceux-ci alternent entre frontières terrestres poreuses et voies fluviales. Ceux-ci ont des itinéraires et un timing bien ficelés pour leurs opérations. Ceci leur permet de déjouer la vigilance des autorités douanières et des garde-côtes.

La lutte contre le fléau du Kpayo a été une question prioritaire pour une succession de gouvernements au Bénin, mais une forte résistance a été montée par les contrebandiers. Un certain nombre de facteurs expliquent la perduration du phénomène.

Nous pouvons les résumer dans les points suivants:

  1. La réinsertion des acteurs dans l'agriculture ou d’autres activités génératrices de revenus ne leur rapporterait pas autant que leur commerce actuel. (LARES, 2011)
  2. Les mini-stations-service proposées comme remplacement pour les stands de Kpayo (et leurs fameuses bouteilles d’essence frelatée, alignées à l’air libre) sont trop chères. Elles nécessitent un investissement initial important.
  3. Certains arrondissements et communes perçoivent une taxe sur la vente de l'essence frelatée, ce qui amène les acteurs à croire que leurs activités sont légales et approuvées par les autorités. Il existe aussi une association des vendeurs d'essence (Association des Importateurs, Transporteurs, Revendeurs de Produits Pétroliers, AITRPP) ce qui imprime une touche additionnelle de légalité au secteur du point de vue des acteurs. (CORNEILLE, 2011)
  4. La suppression de ce secteur illégal d'activités entraînerait une recrudescence de la criminalité puisqu’une bonne partie des acteurs sont des anciens prisonniers.

Comme propositions à la résolution du problème, il a été suggéré que l'accent soit mis sur les effets néfastes de la vente des produits pétroliers sur:

  1. La santé: les revendeurs usent des tuyaux sales pour aspirer le produit pétrolier d'un bidon à un autre, ce qui entraîne une absorption du liquide par ceux-ci.
  2. Les infrastructures routières : les  voies publiques sont endommagées par les produits pétroliers qui laissent des tâches graisseuses sur les bords des voies où s'installent les revendeurs avec leurs marchandises pétrolières.
  3. La recrudescence des incendies: le stockage des produits pétroliers dans des entrepôts de fortune, surtout les maisons habitées entraînent fréquemment des incendies laissant constater des pertes en vies humaines et en biens matériels.
  4. Les infractions au code de la famille: parmi les revendeurs, il y a des enfants de moins de 15 ans qui sont appelés à aider leurs parents. En mettant l'accent sur le travail des mineurs, le gouvernement pourrait interdire le travail de ces enfants. (CORNEILLE, 2011)

Une autre proposition qui revient souvent est l’importance de la fourniture des produits pétroliers dans tous les quartiers et hameaux du pays, et sur chaque kilomètre. Les acteurs de la vente illicite des produits pétroliers se sont organisés de telle sorte que leurs points de vente sont plus nombreux que les stations-services légales et sont installés à proximité des zones résidentielles et zones de travail. Même dans les recoins les plus éloignés du pays, le Kpayo est accessible. Cela leur permet de desservir une énorme partie de la population, qui est de ce fait satisfaite de la proximité des points de vente et des prix abordables proposés par les revendeurs. Le développement d’une offre formelle accessible sera important pour déraciner le Kpayo.

Le recensement des revendeurs: ils ont une association qui pourrait être utile pour octroyer à chaque acteur un identifiant unique. Cela permettrait de déterminer le nombre approximatif d’acteurs, de préparer des statistiques complètes et plus fiables, et de percevoir des taxes sur leurs activités. Un autre avantage d’une telle mesure sera une meilleure estimation du nombre de personnes à réinsérer dans d'autres activités génératrices de revenus, et le coût potentiel d’une telle initiative.

Avec l’avènement du gouvernement de la Rupture sous le Président Talon et de son souci de moderniser les villes, le préfet du Littoral Toboula a demandé aux vendeurs informels de libérer les abords des voies principales réorientant ceux-ci vers des artères plus éloignées des grandes voies. Cette mesure générale qui a été étendue à d’autres préfectures notamment dans les principales villes a eu un impact direct sur les acteurs du Kpayo en milieu citadin. Quelques vendeurs qui persistent à rester sur les tronçons principaux (goudrons) sont actuellement au niveau des routes Godomey-Hilacondji et Godomey-Parakou. Leur clientèle est constituée de camions transporteurs d'une part et d’autre part des habitants de ces zones dortoirs.

Certains revendeurs de gasoil ont récemment pris l’initiative d’installer des mini-stations-service de vente de gasoil fournissant les véhicules et camions. Cela prouve que la transition est possible et les vendeurs d'essence peuvent suivre et se conformer. De ce pas ils assureront une meilleure conservation de leurs produits et pourront régulariser leur statut.

En outre, la suppression progressive des motos à 4 temps (surtout les motos MATE 50 et 90) qui produisaient une énorme fumée polluante et l'utilisation actuelle plus fréquente des motos 2 temps (comme les motos Bajaj utilisées surtout par les zémidjans) a permis la disparition d’une variété d'essence frelatée appelée communément « mélange ».Ce qui est un grand pas dans la disparition de certains produits pétroliers illicites.

Pendant le deuxième semestre de l’année 2017, le gouvernement a commencé par prendre des mesures pour la réduction des coûts des produits pétroliers dans les stations-services pour permettre à un grand nombre de personnes de pouvoir s'y approvisionner. Cette action suivie d'une expansion des stations-services permettra sûrement d’approvisionner un nombre important de consommateurs.

En conclusion, il y a un réel changement qui est en train de s’opérer. Un avenir sans le commerce informel de l’essence frelatée est désormais envisageable.

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