Les TIC au service du développement

INTRODUCTION

A l’instar de la plupart des pays africains, le Bénin semble avoir pris toute la mesure du potentiel de l’économie numérique pour favoriser l’accélération du processus de développement. A plusieurs occasions et avec une certaine détermination affichée, les nouveaux gouvernants ne cachent pas leurs ambitions pour la redynamisation de ce secteur d’activités. Les investissements structurants annoncés pour parvenir à un maillage territorial plus large en fibre optique nous semblent aller dans le bon sens. Mais au-delà des infrastructures et de la vision exprimée, reste encore qu’une stratégie pertinente, cohérente et holistique soit adoptée afin de parvenir aux objectifs établis. La mise sur pied d’un conseil national du numérique et la création, à l’instar de la France et de la Belgique, d’une agence du numérique, suffisent-ils à rassurer sur l’efficacité de l’action publique dans ce domaine ? Sans doute si ces différentes structures (nous n’en doutons pas) jouent pleinement leur partition dans la conduite des réformes et mutations socio-culturelles et économiques nécessaires à l’atteinte des résultats escomptés. Le présent mémo est a pour but de formuler des propositions concrètes à destination des gouvernants du numérique béninois.

Dès le début de siècle, le dynamisme du secteur des télécommunications en Afrique en général, et au Bénin en particulier, a contribué à la révision des analyses des experts sur les potentialités de l’économie du continent Dans un pays comme le Bénin où les lignes téléphoniques filaires représentent moins de 1% des abonnements, le développement fulgurant de la téléphonie mobile a permis d’entrevoir la possibilité de rompre avec le processus de développement par étapes successives, En lieu et place, on observe plutôt des sauts entiers de stades de développement, rendus possibles grâce à des « greffes technologiques » qui s’accommodent avec les particularités locales.

En effet, avec la possibilité de connecter les individus par le biais d’appareils mobiles ne nécessitant aucune liaison filaire, ce sont tous les préalables d’organisation, de logistiques, d’investissements, et de coûts exorbitants d’accès aux réseaux téléphoniques classiques, qui ont été épargnés à l’Afrique en général, au Bénin en particulier. Qui plus est, ce support d’abord destiné à faciliter les communications téléphoniques, est devenu un véritable canal pour la mise à disposition des populations de services à valeur ajoutée autrement inaccessibles, vu le bas niveau de revenu des populations. Il en ainsi de l’accès à Internet qui témoigne du caractère de plus en plus superflu de la possession ou de l’accès à un ordinateur pour se connecter à la toile mondiale. C’est aussi le cas de l’accès aux services financiers, en l’occurrence la possibilité de création de comptes bancaires et de paiements électroniques sans disposer de cartes bancaires. Ces avantages font des téléphones mobiles de véritables outils d’inclusion financière pour la majorité des populations, réduisant en un temps relativement court la fracture numérique et renforçant le taux de bancarisation, à un rythme qui n’aurait pu être atteint avec la finance traditionnelle (ouverture de nouvelles agences de banque).

L’expérience du secteur de la téléphonie et ses conséquences sur d’autres secteurs d’activités doivent interpeller les gouvernants dans l’élaboration de projections ambitieuses sur la dynamique dans laquelle est engagée l’Afrique. Conscient de cette nouvelle donne, il nous a paru opportun d’explorer les différents pans de la vie socio-économique afin d’élaborer des projections réalistes sur les bénéfices que le Bénin peut tirer de cette approche de raisonnement. Sont abordés notamment le secteur primaire, le secteur secondaire, le secteur tertiaire, et les domaines régaliens de l’État.

LE SECTEUR PRIMAIRE

Dans le secteur primaire, les progrès effectués dans la téléphonie mobile ont montré leurs efficacité en matière de programme d’inclusion des paysans par la mise en place de plate-formes d’informations sur les techniques culturales et les prix, ainsi que de systèmes de paiements par téléphone portables. Grâce à cette technologie, les paysans du Kenya peuvent désormais vendre leurs produits à de meilleurs prix grâce à une meilleure diffusion des informations sur les cultures et les prix, ainsi que la numérisation des paiements.

La prochaine étape consistera en la mise sur pied d’un véritable marché financier virtuel dont le but serait de stabiliser les revenus des producteurs afin de les rendre moins dépendants des fluctuations des cours. Ceci est possible en recourant à la signature de contrats à terme sur leurs productions, dans une dynamique globale démarginalisation économique, tout en prenant soins de limiter la spéculation. La disponibilité de l’information sur les producteurs serait également un tremplin pour la conception de solutions adaptées de financement.

Le système serait bâti sur les téléphones portables afin de créer un réseau national de contributeurs pour en assurer l’alimentation permanente, et une meilleure mesure des activités relevant du secteur informel. Le gouvernement béninois peut engager ou, à défaut, inciter les opérateurs privés à engager cette mutation au profit du monde rural. Quand on sait que l’un des principaux problèmes qui minent le développement de l’agriculture dans nos pays est l’accès au financement, ce système trouverait- ici toute son utilité.

LE SECTEUR SECONDAIRE

Dans le secteur secondaire, la révolution va concerner à la fois l’utilisation de techniques novatrices de modélisation et de constructions de bâtiments comme l’impression 3D dans le sous-secteur des BTP ; et la généralisation de centrales décentralisées de production d’électricité se proposant en rupture par rapport à la logique de l’extension des réseaux adoptée jusqu’à présent.

La technologie 3D très promue ces dernières années connaîtra une baisse significative de ses coûts d’ici la fin de la décennie rendant possible son utilisation dans l’érection de bâtiments résidentiels, un secteur en plein boom sur le continent africain. L’importation et la maîtrise de cette technologie permettront de réduire sensiblement les coûts liés à la main d’œuvre et aux pertes de matières premières et forcera à une certaine standardisation des techniques de construction.
Quant à l’électricité, la dynamique qui consiste à installer des centrales électriques (solaires, éoliennes, biomasse, etc.) selon les atouts et les besoins de chaque localité, aura pour incidence de favoriser la création d’emplois locaux dans ce domaine. Ici également, le business model pourrait être orienté vers l’installation à crédit de kits d’accès à l’énergie dans les ménages, assortis de paiements mensuels par le canal du mobile money. L’objectif est de trouver, à l’image des cartes prépayées dans le secteur de la téléphonie mobile, les solutions les plus adaptées aux caractéristiques particulières des ménages béninois et de leurs revenus.

LE SECTEUR TERTIAIRE

Le secteur tertiaire est celui où la nouvelle dynamique va le plus s’accentuer. En effet, plusieurs filières d’activités existantes connaîtront une réelle mutation. A titre illustratif, la démocratisation des paiements mobiles grâce au développement du secteur de la téléphonie mobile constitue une aubaine pour développer des activités nécessitant le paiement à distance. Au nombre de ces activités figurent notamment le commerce électronique ainsi que l’accès aux services financiers.

Dans le sous-secteur de la finance, les techniques d’inclusion financière rendues possibles grâce à la prolifération des téléphones mobiles sont légion. Mais au-delà de la collecte d’épargne et des instruments de paiements électroniques, le « big data » permet désormais d’étudier les données des clients, disponibles dans leurs téléphones portables, pour estimer leur « credit scoring » afin de leur accorder des financements sans garantie. Dans un pays comme le Bénin où le foncier (système traditionnel de garantie) constitue un goulot d’étranglement pour l’accès au financement, cette technique pourrait servir de véritable palliatif aux fins d’une inclusion financière plus large.

La digitalisation de la société, comme nous le mentionnions plus haut, a introduit des changements radicaux dans les techniques de mise en marché des solutions et produits financiers. L’exemple le plus poignant étant celui du Mobile Money. Mais la flexibilité et la célérité dans les méthodes de paiements ouvrent la voie à des formes nouvelles d’utilisation. Il en est ainsi du développement de la finance entre particuliers et de la finance participative.
La finance entre particuliers popularisée sous la forme classique de tontine, peut connaître une amélioration substantielle grâce au mobile money et la réduction des frais de gestion. L’encadrement de cette technique ancestrale de solidarité et d’inclusion socio-économique permettra de mieux protéger les épargnants et les prêteurs, et de faciliter le transfert progressifs de ses adhérents vers la finance formelle. La numérisation et l’identification des citoyens sont également des atouts pour étendre ces pratiques au-delà des cercles d’affinité et de connaissances.

Quant à la finance participative, elle est désormais possible au Bénin grâce à l’accès à l’information à travers les réseaux sociaux (facebook et whatsapp) d’une part, et d’autre part à la vulgarisation des paiements mobiles. Il s’agit là d’une véritable méthode de levée de fonds au profit des start-up, des causes humanitaires et toute autre initiative exclue des systèmes traditionnels de financement. La création d’un cadre légal pour régir ce genre de transactions, est un “must” pour favoriser la levée de ressources financières locales au profit du secteur productif et du secteur non marchand au Bénin.

Dans le monde professionnel, le bouleversement introduit par la téléphonie mobile se traduira par la démocratisation des tablettes bon marché, et la baisse des ventes d’ordinateurs. Compte tenu du coût élevé des installations informatiques (ordinateurs, serveurs et câblages), ainsi que de l’instabilité et du déficit d’énergie électrique, la solution la plus accessible sera le recours aux tablettes qui sont de plus en plus puissantes et de moins en moins chères par rapport aux ordinateurs.

Cette tendance va se matérialiser aussi par la facilité d’accès à ce type de technologie par des agents économiques (opérateurs économiques et PME) qui ne pouvaient pas, par le passé, se permettre un tel « luxe ». Ainsi, des applications de gestion de caisse et de gestion de stocks ou des ERP plus complets peuvent désormais être déployées sur de simples tablettes disposant de suffisamment de capacité et de mémoire pour les faire tourner comme sur un ordinateur. Une telle approche mobile de la gestion sera un moyen de permettre à des milliers de commerçants, artisans, paysans et professions libérales d’adopter de nouvelles façons d’appréhender leurs activités à travers l’automatisation de leurs processus de vente et de gestion, et le calcul automatique de leur marge bénéficiaire dans une optique de meilleure gouvernance. Elle constitue aussi un tremplin pour l’Etat et les collectivités territoriales dans la perspective de la réduction de la part de l’informel dans la production intérieure, et de l’accroissement subséquent des recettes fiscales.

Dans le secteur des transports, l’« ubérisation » des conducteurs de taxi-motos (zémidjans) serait une aubaine pour renforcer les options de mobilité dans nos grandes villes où l’absence d’un réseau routier conséquent (seules les grandes artères et quelques artères secondaires sont asphaltées) et le climat ensoleillé, empêchent toute possibilité d’instituer un modèle de transport en commun viable. A contre courant de la pensée dominante qui consiste à diaboliser systématiquement la pratique de cette activité, pourtant vivier d’emplois pour la jeunesse, les gouvernants devraient envisager sérieusement de prendre des mesures visant à faciliter l’introduction de motos non polluantes, voire électriques, et à renforcer la sécurité (physique et sanitaires) de ces acteurs. Le recours aux services à valeur ajoutée peut en outre être un moyen efficace d’accroître les revenus des « zémidjans » en les mettant à contribution dans la construction d’un réseau national de services de livraison à domicile pour combler le déficit du secteur postal (insuffisance d’adressage des rue, de numérotation des habitations et de boîtes postales à domicile), au service du commerce électronique dont le boom à Lagos (Nigéria) voisin nous renseigne sur les perspectives pour notre pays.

Par ailleurs, l’émergence des drones civils et leur démocratisation progressive ouvre la possibilité que ces moyens de transports de nouveau type soient de plus en plus utilisés en Afrique pour la livraison de produits légers dans un premier temps, et avec l’accélération des innovations, pour le transport de biens relativement lourds, voire de personnes, suppléant de ce fait à l’insuffisance de réseaux routiers adéquats et désenclavant à moindre coût des zones difficiles d’accès. Les gouvernants doivent être conscients de cette perspective et proposer des solutions ambitieuses en vue non seulement d’accompagner mais également d’encadrer cette éventuelle mutation.

Dans le domaine de l’hôtellerie, Airbnb et les autres plate-formes de réservation d’hébergement sont des entreprises globales qui opèrent au Bénin depuis des années. Avec le probable développement du tourisme national (consécutif à l’accroissement progressif de la classe moyenne) et le renforcement de l’attractivité de la destination Bénin, l’émergence d’entreprises locales rendant le même service n’est pas à exclure. En favorisant désormais la mise à disposition par les particuliers de leurs habitats inoccupés ou des espaces non utilisés de leurs domiciles, ces innovations sont un tremplin pour notre pays où l’insuffisance du parc hôtelier traditionnel a toujours été considérée comme un frein au développement du secteur touristique. Là aussi, il est du devoir de nos dirigeants de s’éveiller à la rapidité des innovations et à mettre en place des cadres incitatifs pour libérer l’esprit entrepreneurial dans ce secteur.

Il en est de même dans le domaine de la restauration où des services en ligne de livraison à domicile de repas commencent à apparaître. Le rôle de l’État sera de faciliter les deux facteurs centraux pour le développement du commerce électronique que sont les transports (nous l’avons évoqué plus haut) et les paiements (Mobile money, cartes bancaires,…).

LES DOMAINES REGALIENS DE L'ETAT

Le secteur public n’est pas en reste face à ces mutations. La digitalisation de l’administration publique apparaît désormais comme un facteur incontournable de performance et de bonne gouvernance. Ici, les « greffes technologies » peuvent permettre de réduire significativement le délai de délivrance de certains actes administratifs au profit des opérateurs économiques et des particuliers. La vision du gouvernement de rendre possible la réalisation de la plupart des démarches administratives à distance et de limiter au maximum la corruption ordinaire dans les services publics, donne à espérer.

Des choix plus audacieux en matière d’État civil peuvent par exemple consister à convertir les cartes nationales d’identité en cartes bancaires (comme au Nigeria), mesure qui dispenserait les régies financières de faire des paiements en espèces aux fonctionnaires et autres retraités d’État pour leurs salaires ou pensions. Ceci permettrait également d’interdire tout paiement de primes ou indemnités diverses en espèces aux fonctionnaires ou à tout autre prestataire de L’État dans une optique de transparence. L’utilisation de logiciels open source est désormais une pratique courante dans plusieurs pays dans leur stratégie d’e-gouvernance.

En dehors de la carte d’identité nationale, la mise en place d’un fichier d’identification de chaque citoyen, permettra à l’administration de renforcer le contrôle et la traçabilité de ses relations avec les administrés. Une mesure similaire peut être adoptée en ce qui concerne le dossier médical unique dont l’objectif serait d’améliorer la performance du système de suivi de chaque patient dans nos formations sanitaires.

De même, la mise en place de l’open gouvernance a montré son utilité dans la lutte contre la corruption et pour la transparence de la gouvernance publique à travers l’ouverture de l’accès (de la plupart) des données publiques à tous les citoyens. Mais l’adoption de l’administration 2.0 ne doit en aucun cas se limiter aux seules administrations centrales, elle doit s’étendre à toutes les collectivités territoriales et à tous les offices d’Etat grâce à la mise en place de systèmes novateurs (whatsapp, twitter,…) permettant d’ouvrir un dialogue permanent avec les administrés afin d’être au plus près de leurs besoins au quotidien.

Dans le secteur de l’éducation, le recours aux tablettes numériques n’est déjà plus une option. La cherté des manuels scolaires et l’augmentation effrénée du nombre d’apprenants du fait combiné de la gratuité des frais de scolarité et de la croissance démographique, peinent à s’accorder avec la timide croissance du budget de l’État consacré à l’éducation. Les tablettes numériques constituent désormais une opportunité non seulement pour l’apprentissage des apprenants, mais aussi pour la formation des enseignants, et l’avènement d’une méthode d’enseignement inédite basée sur l’amélioration de l’interactivité entre le maître et l’élève, même en dehors des heures de classe.

Au niveau de l’enseignement supérieur, la révolution des Mooc (Massive Online Open Classes) offre aux étudiants une opportunité unique d’accéder à des cours gratuits des universités les plus prestigieuses du monde, pour peu qu’ils disposent d’une connexion internet adéquate. Toutefois, la plupart de ces cours étant en anglais, ils ne sont malheureusement pas tous accessibles à la majorité des étudiants. La question du renforcement de l’apprentissage en anglais de nos apprenants nous interpelle ici. A ce propos, la décision gouvernementale d’introduire la langue anglaise dès le primaire, nous parait judicieux et cohérent, ne serait-ce que pour la vision affichée pour le secteur du numérique.

Malgré le caractère bénéfique de la disponibilité des cours en ligne pour comprendre les modes de pensée dans ces grands centres du savoir, et des pays qui les abritent par la même occasion, il est de notre responsabilité de penser à mettre en place des programmes similaires dans toutes les disciplines et filières de l’enseignement supérieur au Bénin, de façon à suppléer à l’insuffisance d’amphis ou de places assises, et de permettre à tous les étudiants d’avoir un accès équitable aux ressources pédagogiques audiovisuelles, au-delà des simples fascicules de cours. Il en va de la qualité de notre système éducatif et de la performance des cadres qui y sont formés.
Les progrès en vidéo conférence et en techniques de communication sont aussi d’une grande utilité pour la promotion de la recherche scientifique à travers la collaboration entre des laboratoires locaux et étrangers (pays du sud ou pays occidentaux) dans une dynamique de transfert de savoir et de savoir-faire, sans qu’il y ait besoin de faire voyager les chercheurs. La même technologie peut être utilisée pour réaliser des économies d’échelle en développant des cours à distance ou des classes combinées au niveau national, en dispensant, de façon simultanée et en temps réel, des cours aux apprenants situés dans différentes localisations dans le pays.

Sur le plan culturel, l’insuffisance des moyens financiers pour l’érection de bibliothèques ou de centres de lectures publics peut-être contrebalancée par la mise sur pied d’une stratégie de promotion de livres numériques, en l’occurrence les livres dont l’Etat dispose des droits d’auteur ou ceux-tombés dans le domaine public. La numérisation de tous les travaux de recherche (mémoires et thèses) de nos centres universitaires et des archives nationales (textes, audios, vidéos), devrait constituer une priorité. Ceci vaut également pour la promotion de musées virtuels (le Bénin n’ayant pas encore les moyens de parvenir au ratio d’un musée pour 100.000 habitants, vu notre stage actuel de développement économique).

Par ailleurs, le renforcement de la présence du Bénin en ligne est une nécessité vitale pour accroître l’intérêt des populations à se connecter à internet. Ceci peut être réalisé par la création d’un portail internet pour toutes les structures de l’administration d’État, des collectivités territoriales et des offices publics. Mais cette stratégie doit être complétée par la consolidation de la place du Bénin dans les encyclopédies universelles. A cette fin, les exposés réalisés par les apprenants dans le monde scolaire secondaire et supérieur, peuvent être orientés de façon à faire la lumière sur tous les aspects du Bénin en tant que Nation (histoire, rois, villes, villages, personnalités, écrivains, événements, découvertes scientifiques, sites touristiques, religions,…). Ces informations doivent être diffusées dans les plus grandes encyclopédies du monde (en ligne notamment) et gagneraient à être présentées d’abord en français et en anglais, le temps d’être étendues aux autres principales langues internationales, et nationales (Fon, Dendi, yoruba).

Mais la consolidation de la réputation numérique du Bénin et la construction d’un cyberespace béninois plus dense et conforme à notre identité ne sauraient se faire ex-nihilo, sans une stratégie gouvernementale ambitieuse. Ainsi, il est à titre d’exemple inadmissible que la plupart des béninois continuent de se servir de comptes de messagerie et de portails internet étrangers (yahoo mail et gmail notamment) qui ne mettent aucunement l’accent sur l’actualité ou les événements concernant le Bénin (il n’y a toujours pas yahoo.bj) . Afin de remédier à cette léthargie collective qui dure depuis trop longtemps, il urge que les gouvernants se dotent d’une politique volontariste visant à promouvoir le nom de domaine « .bj », et à inciter les opérateurs privés par le biais de politiques spécifiques aux fins de les orienter vers le développement de services (ou la promotion de ceux déjà existants), visant à raffermir la culture et l’identité béninoises sur internet.

Sur le plan sécuritaire, nos gouvernants se doivent de définir des stratégies visionnaires afin de garantir la sécurité des données et des transactions effectuées par les béninois sur Internet, et de préserver ainsi la vie privée des internautes, tout en évitant que le pays ne soit exposé sans protection aux éventuelles cyber-attaques extérieures. La création d’un département au sein de la police nationale chargé de la cybersécurité et la constitution au sein des forces armées béninoises d’une division spécialisée dans la cyberdéfense, sont en outre possibles à peu de frais. Inutile de rappeler à cet effet que désormais la maîtrise de la cybernétique et la capacité à résister/riposter à toute attaque dans le cyberespace, sont plus aisés à mettre en œuvre et peuvent même s’avérer plus efficaces que l’acquisition d’armements lourds.

Sur le plan économique, les opportunités de création de richesses et d’emplois sont légions dans le domaine du numérique. La création de la cité internationale du savoir et de connaissance (Sèmè City) prévue par le gouvernement, où la symbiose entre universités, incubateurs et services spécialisés, favorise la création de start-up et l’installation d’entreprises étrangères, ainsi que les possibilités de partenariats d’infogérance, de délocalisation et d’externalisation dans le domaine du numérique. A cet égard, les atouts sont essentiellement la disponibilité d’une main d’œuvre qualifiée et bon marché, et les politiques fiscales incitatives aux mains des gouvernants. Toutefois, la garantie d’une énergie permanente de qualité et la fiabilité des liaisons Internet professionnelles sont des préalables à la réussite d’un tel projet. Enfin, il convient de rappeler, encore une fois, la nécessité de la maîtrise de la langue anglaise comme un facteur accélérateur de ce processus, étant donné que la plupart des compétences et des méthodes de travail dans ce domaine sont en langue anglaise.

L’investissement dans les technologies à fortes valeur ajoutée telles que le cloud et l’intelligence artificielle, doit particulièrement retenir l’attention de nos gouvernants. Le "cloud computing" est rendu possible par la démocratisation de l’internet et de l’amélioration substantielle de la vitesse de connexion. Dans la perspective de devenir la première économie en matière de numérique dans la sous-région ouest africaine, le Bénin doit non seulement consentir les efforts nécessaires dans les infrastructures de communication internet, mais aussi alléger les conditions d’installation, afin d’inciter les opérateurs économiques à investir dans l’installation de fermes de serveurs (data-centers) pour accompagner cette technologie.

“Celui qui maîtrisera l’intelligence artificielle contrôlera le monde”. Cette maxime suffit pour résumer l’enjeu des convoitises qu’attise cette technologie. Du profilage des individus, à l’aboutissement ultime de l’ « homme augmenté » (puce électronique implanté dans le cerveau), en passant par les manipulations génétiques et l’amélioration des prédictions dans plusieurs domaines, les applications possibles sont innombrables et présagent des bouleversements qui toucheront tous les secteurs de l’économie. Toutes les études réalisées ces dernières années démontrent que les entreprises les plus aimées au monde aujourd’hui sont celles qui utilisent beaucoup d’intelligence artificielle. Que ce soient les GAFA (Google Apple, Facebook, Amazon) aux Etats-Unis ou Tencent en Chine, ces entreprises sont également réputées pour capter systématiquement de fortes valeurs ajoutées par leur capacité à réaliser des innovations de plus en plus disruptives. Pays sous-développé et sans ressources naturelles, s’il y a bien un domaine où le Bénin dispose de fortes potentialités, c’est bien dans l’industrie de la connaissance. Investir dès maintenant dans les ressources humaines et les centres de recherche de pointe dans ce domaine, serait la meilleure stratégie pour profiter des retombées de cette technologie spécifique dans les prochaines décennies.

CONCLUSION

Les différentes stratégies que nous venons d’énumérer retracent le cadre général pour la mise en œuvre d’une politique visionnaire destinée à mettre à profit les innovations technologiques pour accélérer le processus de développement socio-économique du Bénin. Des plans d’opérationnalisation plus détaillés doivent être définis pour préciser les différentes actions à mener, afin d’aboutir à des objectifs chiffrés et assortis de délais.

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