Cadre général pour le contenu de l’éducation nationale au Bénin

Si l’éducation est véritablement « l’arme la plus puissante pour changer le monde » comme disait Nelson Mandela, elle doit être au centre de tout programme national de développement. La plupart des acteurs politiques du Bénin et du reste du monde acceptent ce point. Mais pour que l’éducation passe d’un idéal théorique à une priorité quotidienne de tous les citoyens et architectes du développement, il faut lui donner des objectifs concrets et un contenu cohérent que tout individu peut apprécier, intérioriser et utiliser.

Trois Objectifs Principaux:

  • Bien être de l’individu (physique, mental, spirituel et social)
  • Bien être de la communauté (famille, village, quartier, ville, pays, continent, monde)
  • Bien être de la planète (environnement, faune, flore, terre, univers)

Bien être de l’individu

La préoccupation centrale de tout individu est sa survie et son épanouissement personnel. Ceci est vrai non seulement pour les hommes mais pour tous les organismes biologiques. Le sujet étant le principal acteur de son éducation personnelle, il est important qu’il y retrouve la congruence de ses intérêts.L'objectif est de conférer à l'individu, en tant qu'élément d'une société devenu complexe, les rudiments pour comprendre les codes et les signes nécessaires pour interagir avec ses semblables. Le bien-être dont il s'agit s'entend de cette aptitude acquise par le biais de l'éducation familiale couplée avec l'instruction reçue dans un centre de formation. L'orientation de la pédagogie scolaire doit être axée avant tout sur la satisfaction de cet intérêt personnel vital, de façon à susciter chez l'individu la volonté d'aller au-delà.
Il est donc convenable de retenir le bien être de l’individu comme le premier objectif de l’éducation au Bénin.

Bien être de la communauté

« L’homme est un animal social. » Le fameux philosophe grec Aristote fut le premier à l’énoncer. Cela implique que dans la plupart des situations, le bonheur de l’individu dépend et se conjugue avec celui de ses pairs. Depuis les temps préhistoriques, les hommes se sont organisés et ont évolué en groupes. La première unité sociale est le noyau familial. Ensuite nous identifions le hameau, village ou quartier de ville, la ville ou commune, le département, la région, le pays, le continent et l’entièreté de la race humaine.

Par ailleurs, plus une communauté est éduquée, mieux elle parvient à trouver les solutions aux problèmes qui se posent à elle. En conséquence, mieux elle se porte. A l'image d'un élément dans un système, l'individu se détermine et s'identifie par rapport à une communauté, les deux s'influençant mutuellement. L'individu que la communauté produit et entretient, se doit de prendre sa part dans la conservation de ladite communauté, d'abord pour son propre bien du moment où il en fait toujours partie, et pour le bien des autres et des générations futures (y compris sa propre progéniture). L'instinct de conservation élevé à l'échelle de la communauté devrait permettre de se bâtir par affinité et par solidarité, un destin commun afin de triompher de la rudesse de la nature et de la convoitise des autres communautés.

L'éducation au Bénin devrait s'atteler à mettre en perspective ce devoir patriotique de façon à replacer l'intérêt de la communauté au piédestal qui lui est dû. Le deuxième objectif de l’éducation au Bénin devrait donc être le bien être de la communauté.

Bien être de la planète

Que nous soyons seuls ou en groupe, nous vivons dans un milieu ou environnement. Nous dépendons et interagissons avec les autres composantes de notre écosystème. L’air que nous respirons, l’eau vitale et nos autres sources de nutriment et d’énergie viennent de la nature. La terre elle-même fait partie d’un ensemble de planètes appartenant à l’une des innombrables galaxies constituant notre univers. Il est essentiel pour tout membre de la société d’avoir une certaine compréhension de cet environnement, de son passé et de ses perspectives, afin de l’exploiter intelligemment et de le sauvegarder pour les futures générations. Le troisième et dernier objectif de l’éducation au Bénin devrait donc être le bien être de la planète.

Cadre général

Chacun des trois objectifs ici présentés sera atteint à travers l’exploration de modules éducatifs holistiques et pertinents. Cette exploration comme l’éducation elle-même, est le processus d’une vie. Elle commence à la naissance et dure toute la vie. C’est à dire qu’elle va bien au-delà de l’enseignement formel reçu dans les écoles et autres centres de formation. En effet, il y a une confusion habituelle entre l'éducation et l'instruction. Il faudra clarifier les deux pour éviter de confier aux centres de formation des responsabilités plus lourdes que celles qu'ils sont capables de supporter. L'exemple des pays scandinaves est édifiant à ce propos. Il faudra repenser complètement le système éducatif tel qu'il est organisé aujourd'hui au Bénin.

Au bout d’une analyse approfondie, on peut déterminer que toutes les facettes du savoir, du savoir-faire et du savoir-être peuvent être regroupés en dix modules :

  1. Le Corps et la Santé (CS)
  2. Les Langages et la Communication (LC)
  3. Les Mathématiques et autres Sciences Formelles (MSF)
  4. La Création de Richesse (CR)
  5. Les Sciences de la Nature (SN)
  6. Les Sciences Humaines et Sociales (SHS)
  7. Les Arts et la Culture (AC)
  8. Les Activités Physiques (AP)
  9. Les Vertus, les Normes et le Service (VNS)
  10. Les Projets Personnels (PP)

Cette décade peut servir de cadre au contenu des programmes de l’enseignement maternel, de l’enseignement primaire, de l’enseignement secondaire, de l’enseignement professionnel, de l’enseignement universitaire, mais aussi de l’éducation informelle qui précède et succède la vie sur les bancs.

Toutefois, le challenge en matière d’éducation est qu'il est très difficile de maintenir la généralisation des modules d'enseignement si on tient à rester efficace au vu de l'évolution du monde. En effet, on se rappelle que l'unicité des champs de connaissances au début des "lumières" a fait place à l'approche réductionniste compte tenu des capacités mnémoniques des êtres humains. Les pères du cartésianisme ont en effet estimé que la spécialisation des savants dans chaque discipline était la clé pour approfondir les connaissances et nous permettre de mieux comprendre le monde.

Il est vrai qu'en faisant fi des interrelations évidentes des différents domaines de connaissances, nous avons créé aujourd'hui des déséquilibres dans la nature (tels la détérioration de la couche d'ozone) que nous tentons de corriger depuis quelques décennies seulement.

Mais la question reste aujourd'hui d'actualité, à savoir que dans un monde où nous accumulons sans cesse des connaissances nouvelles et que nous sommes obligés de faire de très longues études, même au sein des spécialités (près de 20 ans pour être médecin spécialiste) pour approcher l'acceptable, on ne peut se permettre de renoncer à l'exacerbation des spécialisations.

Le défi aujourd'hui est de se demander comment nous devons préparer les futures générations à appréhender le monde qui leur sera légué. Il semble regrettable mais obligatoire de limiter la part de connaissances générales pour insister sur les spécialisations afin de réduire le temps des études et de rentabiliser les investissements dans le secteur éducatif.

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